Bienvenue sur JeuxOnLine - MMO, MMORPG et MOBA !
Les sites de JeuxOnLine...
 

Fomalhaut : la découverte

Fomalhaut est la principale étoile de la constellation du Poisson austral (Piscis Austrinus). Très brillante, elle est relativement proche de nous, à 23 années-lumière seulement. Les anciens la classaient parmi les étoiles majeures ou 'étoiles gardiennes'. Au nombre de quatre, ces étoiles étaient chacune associée à un des points cardinaux et à un archange gardien. Aldébaran est ainsi l'étoile de l'archange Michael, gardien de l'Orient. Régulus est l'étoile de l'archange Raphael, Gardien du Nord. Antarès est associée à l'archange Oriel, Gardien de l'Occident. Fomalhaut, enfin, est l'étoile de l'archange Gabriel, Gardien du Midi.

Les astronomes de l'antiquité croyaient que Fomalhaut avait une influence favorable très puissante, mais qu'en même temps, elle pouvait annoncer une malveillance au pouvoir inouï.

Aujourd'hui, les astronomes s'intéressent à nouveau à l'étoile gardienne du Midi. En avril 1998, un groupe de scientifiques affirmait avoir trouvé des signes de l'existence de planètes similaires à la Terre autour de trois étoiles : Véga, Béta Pictoris et Fomalhaut. Serait-il possible que l'astre de l'archange Gabriel éclaire un monde semblable au nôtre? Un monde sur lequel des êtres doués de conscience naissent, vivent et meurent?

J'en étais là dans ma lecture lorsque mon attention fut attirée par un bruit venant du couloir. Intrigué, je referma mon livre et alla ouvrir la porte de ma cellule. Il n'y avait personne dans le couloir, ce qui n'était guère étonnant à cette heure avancée de la nuit.

"Frère Simoléon, un moine est fait pour se coucher tôt" me répétait sans cesse ce brave Frère Andréas.

Pour ma part, j'estime que si l'esprit et le corps sont certainement satisfaits après une journée de dur labeur manuel entrecoupé de prières et de contemplation, l'intelligence, elle, réclame sa part. Je passais donc une partie de mes nuits à la nourrir.

Cette nuit-là, j'étais plongé dans une revue d'astronomie que mon frère m'avait offert en souvenir de cette passion pour les étoiles que nous partagions enfants.

J'entendis à nouveau le bruit. C'était comme une note de musique, douce, mais avec une puissance retenue. Comme ça venait de la chapelle au fond du couloir, je me dirigea dans cette direction. La porte était entrouverte et une étrange lueur bleue filtrait au travers de l'entrebâillement.

De plus en plus intrigué, je repoussai le battant et me glissai à l'intérieur. La chapelle baignait dans un halo bleu dont la source semblait être située à droite du petit autel. C'était tout à fait étrange et pourtant, je n'avais pas peur. Je fis quelques pas vers l'autel. Je remarqua alors que la lumière provenait de la scène sculptée dans le mur à droite de l'autel. Je connaissais bien ce bas-relief. Il représentait l'archange Gabriel, pour lequel j'avais toujours nourri un intérêt particulier, sans que je sache trop pourquoi. Lorsque je fus face au mur, je constata avec stupeur que la lumière provenait d'un élément de la scène dont la signification m'avait échappée jusqu'alors : sur un arrière-plan de collines ondulantes, Gabriel annonçait à la Vierge qu'elle allait donner naissance au Christ. Au dessus de l'épaule gauche de l'archange, ce que j'avais toujours pris pour un soleil stylisé brillait d'un intense éclat bleu. Mon coeur fit un bond dans ma poitrine quand je réalisa que je m'étais trompé. L'archange était apparu à Marie la nuit ! Le sculpteur n'avait pas représenté le soleil mais

- 'Fomalhaut !' m'écriais-je, saisissant en un éclair le rapport avec ma lecture dans ma cellule.

- 'Oui, Fomalhaut' dit une voix qui résonna puissamment dans la chapelle.

Au son de cette voix, je fis un bond en arrière et me heurta lourdement à l'autel. Il n'y avait personne et pourtant, la voix était bien réelle. Je songea à fuir, mais la surprise passée, je me rendis compte que je ne ressentais toujours aucune frayeur.

- 'Ne crains rien, Simoléon,' dit alors la voix et aussitôt, je me sentis plus calme.

- 'Je suis Gabriel, celui qui est apparu à la femme Marie. Ecoute ce que j'ai à te dire car j'ai peu de temps. Je sais que ton coeur est pur. C'est pourquoi tu as été choisi.'

- 'Choisi ?' murmurai-je, incrédule.

- 'Oui, mais le temps presse et je dois te montrer beaucoup de choses. Ce que tu vas voir va te troubler, mais je serai à tes côtés.'

Avant que je puisse saisir le sens de ces paroles, je fut saisi par une main invisible, comme pour me soutenir. Puis, brutalement, la chapelle disparut et je me retrouvai en plein jour debout sur une plate-forme herbeuse au flanc d'une haute montagne. Devant moi s'étendait un majestueux panorama de sommets enneigés encadrant une large trouée qui débouchait sur des collines verdoyantes et au-delà, de vastes plaines noyées dans des brumes de chaleur. Je sus immédiatement que ce que je regardais n'existait nulle part sur terre : la forme des montagnes, la couleur du ciel, le vert des collines, tout cela avait un côté irréel. Le soleil quant à lui était trop grand et légèrement trop rouge. Comme pour dissiper mes derniers doutes, une forme noire et allongée glissa lentement dans mon champ de vision. Elle était à plusieurs kilomètres, mais je compris qu'elle devait être énorme. C'était une créature ailée, je distinguais nettement un battement d'ailes lent et régulier. Je n'eu pas le loisir de pousser mon examen plus loin, car l'ange parla à nouveau :

- 'Simoléon, je vais maintenant te montrer ce qu'est ce monde. Observe attentivement, car il est en péril. Regarde !'

A peine avait-il prononcé ces mots qu'une porte s'ouvrit dans mon esprit et des images et des sensations inconnues s'engouffrèrent dans l'ouverture. Je vis le monde dans lequel l'ange m'avait transporté. Je vis de grands empires, défendus par des légions de soldats aux armures étincelantes. Leurs fières capitales étaient entourées de murailles surmontées de hautes tours. Les rues étaient pleines de monde. Dans les échoppes, des artisans et des marchands s'affairaient, s'efforçant d'attirer l'attention des nobles dames désoeuvrées. Sans transition, la vision changea et je vis une campagne verdoyante ponctuée de petits villages bien ordonnés. Dans les champs, les paysans soignaient leurs cultures tandis que sur une route au loin, une longue file de bêtes de somme lourdement chargées progressait lentement. La vision changea encore à plusieurs reprises et je vis des choses qu'il m'est difficile de décrire, même aujourd'hui : une ville souterraine peuplée d'étranges créatures à huit membres; une clairière magique dans laquelle évoluent de gracieuses nymphes ailées; une immense caverne éclairée par mille flambeaux portés par autant d'hommes trapus aux mines farouches; une mer lisse comme un miroir sur laquelle glisse un navire voguant vers le couchant : soudain, une forme troue la surface de l'eau et un visage reptilien observe brièvement le navire avant de disparaître dans un éclaboussement d'écume. Je vis encore bien d'autres choses et je compris qu'il y avait là un vaste monde, bruissant de vie, où vivaient les créatures les plus étranges.

- 'C'est merveilleux !' finis-je par dire lorsque les images s'estompèrent et que je vis à nouveau le panorama des montagnes.

- 'L'équilibre de ce monde est en péril, Simoléon.' Je vais maintenant te montrer d'autres choses. Sois attentif !

Sur ces mots, une autre porte s'ouvrit dans ma tête. Dans une vallée encaissée, une demi-douzaine de ce qui semblait être des hommes grimaçants à la peau verte se rassemblaient autour d'une silhouette enveloppée de ténèbres. Ils portaient des cimeterres et des lances effilées. Je sentis la haine qui les animait. De la silhouette noire émanait quelque chose de plus affreux encore : le mal, le mal à l'état pur, je le sentais palpiter au centre de cette forme inquiétante. Soudain, une pierre noire tomba lentement du ciel, laissant derrière elle une longue traînée. Elle heurta le sol dans un nuage de poussière noire. Une fois dissipé, le nuage laissa la place à une nouvelle créature grimaçante. Après une courte hésitation, elle se dirigea vers le groupe armé et fut accueillie par des grognements et des cris hideux qui devaient être des manifestations de joie.

La vision changea: je me trouvais dans une grande salle en pierres de taille où le seul éclairage était un grand feu de bûches qui grondait dans un âtre. Un homme vêtu d'une cape noire se tenait face au feu, le dos tourné vers moi. Il émanait de lui une pulsation maléfique qui me glaça le sang. L'homme ne bougeait pas et regardait fixement les flammes. Après un moment, une pierre noire traverse lentement la voûte de la salle et vient s'écraser silencieusement près de l'homme à la cape qui disparut entièrement dans le nuage de poussière dégagé par l'impact. Quand celui-ci se fut dissipé, il y avait un autre homme, plus petit et plus frêle que le premier.

Le nouveau venu était désorienté et il regardait autour de lui avec étonnement. L'homme à la cape fit mine de se tourner vers lui, mais soudain, il se figea, puis, à une vitesse surprenante, se tourna d'un bloc dans ma direction. Son regard - dur, cruel, impitoyable - rencontra le mien et immédiatement, le maintint captif. Je me sentis oppressé, comme si un poids énorme était appliqué sur ma poitrine. Je me croyais perdu quand je fus brutalement tiré en arrière. La pression se relâcha alors d'un seul coup. L'homme, qui fixait maintenant un point situé sur ma gauche, recula vivement comme s'il s'était brûlé. Son visage était déformé par une horrible grimace et il soufflait comme un chat. Ses lèvres retroussées avaient découvert une dentition de fauve encadrée par d'énormes incisives. A cet instant précis, je me sentis tomber dans un puits et l'horrible vision disparut.

Je me réveilla dans la chapelle. J'étais étendu sur le sol, trempé d'une sueur, le coeur battant la chamade. Le halo bleu avait disparu et la chapelle était sombre, mais après un moment, je remarquai que dans le bas-relief, Fomalhaut brillait encore d'un pâle éclat pourpre. Je me mis péniblement debout. A ce moment, la voix de l'archange se fit entendre une dernière fois. Cette fois, elle était plus faible et semblait venir de très loin.

- 'Fils d'homme tu as été découvert et j'ai dû te ramener très vite. Je vais maintenant t'expliquer ce que tu as vu. Je dois faire vite car ils te cherchent et ils te trouveront si je te parle trop longtemps. Le monde que tu as vu gravite autour de l'étoile Fomalhaut dont j'ai la charge. Son nom est Istaria. Depuis maintenant trois lunes, des ennemis y envoient des esprits qui s'incarnent dans toutes sortes de créatures mauvaises. Leur but est de renverser l'équilibre d'Istaria et de soumettre toutes les races à leur loi.'

- 'Mais, mais... d'où viennent ces esprits ?' demandais-je abasourdi.

- 'Ils viennent de ton monde, fils d'homme, ce sont des esprits d'hommes comme toi et c'est pourquoi ils sont si utiles à l'ennemi, car ton monde est déjà largement gagné à sa cause. Quand un homme rêve, son esprit s'envole et voyage. S'il sait où aller, il peut partir vers les étoiles et visiter d'autres mondes. Les pierres noires que tu as vues tomber du ciel sont des esprits qui voyagent. Pendant leur sommeil, ils se rendent sur Istaria et prennent le contrôle des créatures mauvaises que tu as vues. Ils ne sont pas nombreux maintenant, mais leur nombre augmente et le jour viendra où leur puissance sera trop grande pour être contenue.'

- 'Que dois-je faire ?'

- 'Va et pars à la recherche d'hommes purs comme toi. Enseigne-leur ce que je t'ai montré et prépare-les. Lorsque Fomalhaut se sera élevée deux fois dans le midi, le moment sera venu de combattre et je viendrai te chercher ainsi que tous ceux que tu auras trouvé. Tu retourneras alors dans le monde d'Istaria et toi et tes compagnons m'aideront à le sauver de l'emprise du mal.

Sur ces mots, la lumière de Fomalhaut s'éteignit dans le bas-relief et le silence se fit dans la chapelle.

Depuis ce jour, je parcours le monde à la recherche d'hommes et de femmes purs disposés à lutter pour le bien pendant leur sommeil. Je n'en ai pas encore trouvé beaucoup mais je garde bon espoir et la pensée que le monde magnifique d'Istaria puisse basculer dans les ténèbres m'encourage à persévérer. Il me reste deux ans pour accomplir ma mission. Toi qui lis ces lignes, écoute l'appel de l'archange et joins-toi à la cause du bien.

 

Frère Simoléon
Monastère de Mar Saba en Judée (Israël)
Le 19 mars de l'an de grâce 2000